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POLITIQUE · GUERRE

L’appel à arrêter l’USS Tripoli

Une ancienne officier du renseignement accuse Washington de mener une guerre illégale contre l’Iran et exhorte les commandants à ignorer ce qu’elle qualifie d’ordres criminels.

MeidasTouch·29 mars 2026·6 min de lecture

Josephine Gilbo, présentée comme une ancienne officier du renseignement de l’armée américaine, a servi dans les forces armées pendant 17 ans et dit avoir travaillé pour la DIA, l’ODNI, la NSA et le DHS. Dans la vidéo, elle est mobilisée comme voix d’autorité pour soutenir que l’offensive contre l’Iran est illégale et que les troupes déployées sur le terrain paient le prix politique des décisions de Trump.

Une ancienne officier du renseignement de l’armée américaine a lancé un avertissement direct aux commandants navals : arrêtez les navires, dit-elle, avant de devenir complices de crimes de guerre. Josephine Gilbo fonde son intervention sur une affirmation précise : les attaques contre l’Iran relèvent de la définition du terrorisme, et les soldats envoyés dans la zone ont été entraînés dans une guerre sans objectifs clairs. La vidéo qui amplifie son discours en fait un acte d’accusation contre Donald Trump, Pete Hegseth et la chaîne de commandement militaire. Au cœur de son argumentation, il n’y a pas seulement une question morale, mais juridique : sans autorisation du Congrès, dit-elle, les ordres sont illégaux.

Pourquoi ça vous concerne

En France, ce type d’appel fait immédiatement écho au cadre du code de justice militaire et au débat sur l’obéissance aux ordres manifestement illégaux, un sujet sensible pour les juristes et les états-majors. La traduction de « unlawful orders » pose aussi un enjeu de vocabulaire : en français, « ordre illégal » ne recouvre pas exactement la même charge qu’aux États-Unis, où la doctrine de l’ordre manifestement illégal est déterminante.

L’autorité naît du service

Gilbo ouvre sur une revendication de crédibilité interne : elle dit avoir servi 17 ans dans l’armée américaine et avoir travaillé pour la DIA, l’ODNI et la NSA ainsi que pour le DHS*. L’intérêt de ce CV n’est pas seulement décoratif. Il doit appuyer un jugement venu de l’intérieur, celui d’une spécialiste du contreterrorisme, et non d’une militante extérieure.

Je m’appelle Josephine Gilbo. Je suis une ancienne officier du renseignement. J’ai passé 17 ans dans les forces armées des États-Unis. J’ai servi comme officier du renseignement à la DIA, à l’ODNI, à la NSA et au DHS.

J’avais une habilitation top secret avec polygraphe, pour vous donner une idée de mon accès et de mon expérience dans ces fonctions.

Dans le récit de la vidéo, cette autorité sert à légitimer une accusation grave. Gilbo soutient que les attaques contre l’Iran ne sont pas une opération militaire ordinaire, mais un comportement qu’elle lit à travers la définition américaine du terrorisme. Ce glissement est crucial, car il déplace le débat de la stratégie vers le droit pénal et la morale.

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Une telle revendication d’autorité ne suffit pas, à elle seule, à établir la légalité d’une opération. Dans les guerres actuelles, la qualification d’une cible dépend de l’ordre de bataille, du renseignement disponible et du droit des conflits armés — pas seulement du profil de la personne qui parle.

La définition devient accusation

Le cœur rhétorique du texte tient dans la définition du terrorisme que Gilbo cite presque comme dans un manuel : usage délibéré de la violence ou menace de violence contre des civils ou des biens pour créer la peur et contraindre des gouvernements ou des sociétés à agir. De là, elle enchaîne directement sur le cas que la vidéo est censée prouver : le bombardement de l’école de Minab*.

Le terrorisme est l’usage intentionnel de la violence, ou la menace de violence, contre des civils ou des biens afin de créer la peur, la coercition ou l’intimidation et de pousser des gouvernements ou des sociétés vers des objectifs politiques, religieux ou idéologiques.

Cinq minutes plus tard, les enfants étaient passés dans la salle de prière. Première frappe, l’école touchée. Deuxième frappe, la salle de prière touchée. Cent soixante-trois enfants morts.

Gilbo insiste : il ne s’agissait pas d’une cible ambiguë. Elle parle d’images satellites, de caméras embarquées sur des Tomahawk, et d’un complexe scolaire qui, selon elle, aurait été reconnaissable à distance. Dans cette version, les fresques et les couleurs rendent le bâtiment identifiable et donc, implicitement, injustifiable.

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L’argument suppose qu’un bâtiment visible est automatiquement légitime à frapper. Dans une opération militaire, pourtant, la question dépend surtout de l’ensemble renseignement-mission-risque civil, pas de la seule image satellite.

La cible est aussi politique

Dans la vidéo, la dimension militaire reste imbriquée dans la politique intérieure américaine. Le narrateur qui introduit le discours affirme que Trump entraîne les États-Unis dans une guerre contre l’Iran sans objectifs clairement définis, tandis que le pays se détourne de l’OTAN, desserre les sanctions et tente même de faire des affaires avec Téhéran dans le détroit d’Ormuz*. La séquence vise à présenter la Maison-Blanche comme contradictoire et les soldats comme des pions.

Nos jeunes soldats sont envoyés dans cette guerre contre l’Iran pour peut-être y mourir, sans objectifs clairement définis — sauf que Donald Trump suit Netanyahu pour attaquer l’Iran.

Trump attaque l’OTAN et revient sur les sanctions contre le pétrole russe et iranien. Il tourne en rond, et au final ce sont nos troupes qui paient le prix de sa soif de sang.

Ici, le discours passe d’une accusation précise à un jugement plus large sur le leadership. Trump est décrit comme un président qui enchaîne menaces, ouvertures et revirements sans doctrine discernable. Si la stratégie est floue, suggère la vidéo, ce ne sont pas les décideurs politiques mais les soldats à la base de la chaîne qui en paient le prix.

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L’idée selon laquelle la politique américaine n’est qu’un assemblage bricolé simplifie trop les choses. Même quand la ligne publique paraît contradictoire, les gouvernements utilisent souvent l’ambiguïté et la pression simultanée comme outils de négociation.

L’ordre illégal comme seuil

Le discours devient plus tendu lorsque Gilbo passe de l’accusation à l’instruction pratique. Elle exhorte les commandants de l’USS Tripoli et d’autres unités à faire demi-tour, en soutenant qu’il n’existe aucune autorisation du Congrès ; exécuter de tels ordres exposerait directement les marins à un risque juridique.

N’obéissez pas aux ordres illégaux. Il n’y a ici aucune autorisation du Congrès. Faites faire demi-tour aux navires, faites-les faire demi-tour tant qu’il est encore temps.

J’appelle le commandant de l’USS Tripoli, le capitaine Patrick J. Sullivan. Arrêtez le navire maintenant. Faites demi-tour maintenant. Vous serez complices de crimes de guerre et de la mort de nos frères et sœurs du Corps des Marines.

Le ton est d’une urgence absolue. Gilbo ne s’adresse pas à un public général, mais à des officiers nommément, comme si le discours pouvait encore avoir un effet opérationnel. La vidéo insiste aussi sur un détail procédural : ravitaillement en mer, mouvements répétés des navires, absence d’examen, absence d’auditions au Congrès. Le tout est présenté comme la preuve d’une machine qui continue de tourner sans contrôle.

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L’appel à désobéir aux ordres a une force rhétorique, mais il ne tranche pas la question juridique la plus difficile : à quel moment un ordre est-il manifestement illégal ? Sans tribunal ni enquête officielle, le passage de la protestation au refus reste bien plus flou que ce que le discours laisse entendre.

La guerre vue d’en bas

À la fin, Gilbo déplace le regard des civils iraniens vers les soldats américains. Elle dit que le pire est qu’on ne peut pas les sauver et que ceux qui sont tout en bas de la hiérarchie mourront les premiers. C’est une inversion classique de la rhétorique anti-guerre : les décideurs restent à distance, tandis que les corps qui paient le prix sont ceux de jeunes militaires.

Nos Marines américains sont sur le point de mourir. Un massacre. Ils sont au bas de l’échelle. C’est la réalité. Dans tout ce scénario, ils ne sont que l’échiquier.

Le plus difficile, c’est qu’aucun de nous, ici, ne peut les sauver. Quoi que nous disions aujourd’hui, même si nous pleurons, même si nous crions, nous ne les sauverons pas. Mais j’essaie.

La vidéo se termine en ramenant le discours au registre émotionnel de la chaîne qui l’a publiée : gratitude, indignation, appel à s’abonner et promesse de nouveaux contenus. Mais le message central reste le même, brutal et agressif : si la guerre est illégale, alors quiconque l’exécute devient partie prenante du crime. C’est une thèse totalisante qui exige du public qu’il prenne position immédiatement.

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Le cadrage victimaire des soldats fonctionne très bien en public parce qu’il transforme un différend géopolitique en question morale immédiate. Sa faiblesse est que cette simplification peut brouiller la frontière entre critique de la guerre, critique de la chaîne de commandement et véritable violation du droit.

Note

  1. 1. Le DHS est le Department of Homeland Security, le ministère américain chargé de la sécurité intérieure et de la lutte antiterroriste.
  2. 2. Minab est une ville iranienne citée dans le discours comme lieu de l’école bombardée. La vidéo ne fournit aucune vérification indépendante des chiffres.
  3. 3. Le détroit d’Ormuz est un point de passage stratégique pour le transit du pétrole entre le golfe Persique et l’océan Indien.

FAQ

Qui est Josephine Gilbo ?

Josephine Gilbo est présentée comme une ancienne officier du renseignement de l’armée américaine. Dans le discours, elle dit avoir servi pendant 17 ans et avoir travaillé pour la DIA, l’ODNI, la NSA et le DHS.

Pourquoi parle-t-elle de terrorisme ?

Parce qu’elle affirme que les attaques contre l’Iran correspondent à la définition américaine du terrorisme : une violence délibérée contre des civils pour atteindre un objectif politique. C’est sur cette base qu’elle construit son accusation contre Washington.

Que demande-t-elle à l’USS Tripoli ?

Elle demande au commandant d’arrêter le navire et de changer de cap. Selon Gilbo, continuer reviendrait à participer à des crimes de guerre.

La vidéo prouve-t-elle vraiment le bombardement de l’école ?

Non. Dans les éléments montrés, il s’agit d’une affirmation formulée dans le discours. Gilbo évoque des images satellites, des images de Tomahawk et des sources de renseignement, mais la vidéo ne fournit pas de vérification indépendante.

Quel est l’argument politique central ?

L’argument est que Trump entraîne les États-Unis dans une guerre sans objectifs clairs et que ce sont les soldats, pas les dirigeants, qui en paieront le prix. Le discours mêle cette critique à une demande de résistance aux ordres illégaux.

Résumé assisté par IA du podcast de MeidasTouch, vérifié sur la transcription originale.

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